jeudi 18 octobre 2007
Conpte rendu du grand débat : Leur aventure commence en Europe
Un an après son démarrage, l'opération C'est comment là-bas se terminait par un grand débat le 21 septembre à Caen (14). Échos et témoignages des temps forts qui ont jalonné cette aventure et cette dernière journée…
Par Lucile Vilboux
Des heures de formations, de préparation (dont beaucoup le week-end), un voyage de dix jours, des nuits de montage vidéo, des découvertes, des rencontres, des fous rires, des appréhensions, beaucoup de persévérance, pleins de projets en tête et le sentiment d’avoir grandi… Voici en quelques mots, et trop partiellement encore, ce qu’ont vécu les douze jeunes impliqués dans l’opération C’est comment là-bas et dont le débat de clôture s’est déroulé le 21 septembre 2007 à Caen. Introduit par la région Basse-Normandie et la représentation de la Commission européenne en France, ce dernier a permis non seulement de présenter le projet, d’entendre le témoignage des jeunes et de faire connaître aux participants des « tranches de vie » de là-bas, sous forme de petits films thématiques mais il a surtout été aussi l’occasion d’échanger sur différentes questions : la coopération, le développement durable et les migrations rurales dans l’Union européenne.
L’Europe : des attentes mais aussi des craintes…
Partir voir ailleurs ce qui se passe, comprendre la réalité quotidienne dans un autre pays, les douze jeunes ont été unanimes : voyager, ça ouvre les yeux. « J’ai découvert un pays qui m’attirait, des personnes très différentes. Ce projet m’a permis de prendre conscience que les projets que l’on a en tête ne sont pas si irréalisables que cela », témoignait un des jeunes. Qu’ont-ils découvert ? Pour les pays nouvellement entrés dans l’Union européenne (Bulgarie et Roumanie), à la fois de l’espoir et de la crainte. Un journaliste installé à Bucarest expliquait que l’Europe est d’abord un rêve de prospérité et surtout des attentes très concrètes : goudronner la route du village, installer une centrale d’eau, rénover l’école du village… En Bulgarie, entrée dans l’Europe sans référendum auprès de la population locale, certains habitants se demandent si ce n’était pas un peu trop tôt. En Macédoine, des producteurs de miel attendent avec impatience l’adhésion de leur pays dans l’UE, persuadés de trouver de nouveaux marchés pour leur production.
Coopérer : pas si simple
Voyager, coopérer, c’est riche, mais pas si simple à mettre en place. Gilles Quinquenel, vice-président du Conseil général de la Manche, en charge de la coopération décentralisée, rappelait les conditions de ce type de démarche. « Il faut apprendre à se connaître pour pouvoir ensuite agir. La coopération nécessite aussi beaucoup de méthode pour ne pas se disperser. » Coopérer c’est aussi selon lui, évaluer en permanence le sens et l’avancée des actions menées dans chaque pays. Coopérer demande aussi de la persévérance. Christophe, un des jeunes impliqués dans l’opération C’est comment là-bas, s’en est déjà rendu compte. Il a souhaité à son retour trouver les financements auprès de différentes collectivités locales et territoriales, pour monter un projet concernant les déchets d’une commune roumaine, mais en vain pour l’instant… « On me répond que la Roumanie est en Europe et qu’elle n’est plus prioritaire. Pourtant on sait bien leur vendre nos bouteilles plastiques et sans ramassage des déchets, les décharges jonchent leur campagne… » Ce témoignage renvoyait à tous les paradoxes auxquels sont soumis ces pays, notamment en matière d’environnement. Alors que la population bulgare vit d’une économie d’autosubsistance dans les montagnes et aménage avec peine des chambres d’hôtes faute de subventions, des hôtels rutilants naissent au cœur des villages proches des stations de ski, sans aucune intégration dans la vie, l’architecture et le paysage, pourtant magnifique. La pression foncière se fait sentir. Entre emplois nécessaires à court terme et respect de l’environnement, difficile de choisir. En dehors des villages proches des stations de ski ou balnéaires, les campagnes de ces pays se vident. De manière générale, ces pays perdent de la population depuis le début des années 2000 : faible natalité, départs, vieillissement, le démographe Alain Parant a dressé lors du débat, un piètre état des lieux. Même si, comme il le reconnaît, les outils d’observation manquent faute de moyens d’investir dans des enquêtes statistiques précises, faute surtout de réelle volonté politique. Il y a des résultats parfois difficiles à admettre et à dévoiler auprès des électeurs. Néanmoins, de façon qualitative, le maire du village de Novaci en Macédoine, témoignait que trente ans plus tôt, l’école du village comptait 800 élèves. Il n’en reste plus qu’une dizaine aujourd’hui… à contre courant, Miléna, jeune Bulgare, qui voyageait pour la première fois à l’occasion de ce colloque, était plus optimiste : elle aime son pays, son village et souhaite y rester !
Quelques photos du grand débat

