Se promener dans les campagnes de Roumanie est pur délice. Parfois, seuls les grelots des vaches rompent le silence, ou, plus rarement, le bruit d’un tracteur, d’une tronçonneuse. Bien souvent, une charrette et des chevaux déboulent, surgissant de nulle part. « Ici, tout est naturel ! » : pas un des paysans rencontrés n’a manqué de le souligner, non sans une pointe de fierté. En effet, lait, pommes de terre et légumes, crème, fromage, vin, engrais, jusqu’à la levure, ici, tout est « fait maison », avec des méthodes traditionnelles et sans ajout de produits chimiques. Une véritable agriculture « bio », réalité des petites fermes familiales, largement majoritaires en Roumanie. De quoi faire rêver des petits Français élevés au poulet en batterie et au four micro-onde ! Nous en sommes sidérés. Étonnés, aussi, nous le sommes par leur merveilleuse hospitalité et leur gentillesse. Une belle leçon de vie et de sagesse paysanne. Cependant, aimer ne signifie pas toujours être aveugle. Dresser du monde rural roumain un tableau idyllique, ce serait oublier les déchets qui jonchent certaines rivières. Ce serait aussi oublier que les plus grandes exploitations d’Europe (plus de 22 000 hectares) sont en Roumanie. Ce serait enfin, et surtout, nier la souffrance d’Oprah, un petit paysan qui a terriblement ému Pierre, Aurélie et Christophe et qui, tout en les regardant droit dans les yeux, l’émotion à fleur de peau, leur a dit « Tu vois, cet appareil photographique, même au bout de toute une vie de travail, je ne pourrai pas me l’acheter ! Alors, tu diras à ces grosses têtes de l’Europe de ne pas oublier les petits agriculteurs de Roumanie ! ».