mardi 27 février 2007
Agriculture et écotourisme : quel avenir pour la Roumanie de demain ?
Du 1er au 10 avril 2007, cinq jeunes normands se rendront en Roumanie à la rencontre d’agriculteurs et de responsables politiques, dans le cadre du projet « C’est comment là-bas ? ». Ils apporteront un éclairage neuf sur ce pays qui leur est encore complètement étranger et s’interrogeront sur l’évolution des paysages roumains, suite à l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne.
Quels sont les craintes et les espoirs des populations rurales dont l’activité prédominante est encore liée à la culture de la terre et à l’élevage ?
De Bucarest à la Bucovine, en passant par Sibiu, Chloé et Damien visiteront des fermes familiales tandis qu’Aurélie, Christophe et Pierre iront à la rencontre de ceux qui ont misé sur le changement (agriculture biologique, culture intensive ou mise en place de structures liées à l’écotourisme).
L’agriculture en Roumanie : une histoire fortement marquée par le régime communiste
« Pour vous donner une petite idée de la taille de ces entreprises, celle où j’ai travaillé, dans le département de Sibiu, en Transylvanie, possédait environ 10.000 ha de terre dont la moitié était destinée aux céréales. Il y avait également plusieurs fermes d’élevage qui comptaient au total environ 25.000 moutons, 2.000 vaches laitières et un verger de 180 ha. C’était une des plus petite du pays ; environ 500 salariés permanents ! »
Ce souvenir d’exploitations gigantesques qu’évoque Grigore Guzu est celui des IAS : les entreprises agricoles d’Etat. Elles sont apparues après la victoire du parti communiste aux élections de 1946, qui a permis aux paysans de devenir propriétaires des terres qu’ils travaillaient, dans la limite d’une certaine surface. Les terres jugées excédentaires ont été nationalisées, ce qui a conduit à la création des entreprises agricoles d’état.
Dans les années 50, quelques années seulement après que les paysans aient obtenu leurs terres, une nouvelle politique agraire a été mise en place, sur le modèle soviétique. Le gouvernement prône alors la création de CAP (Coopératives Agricoles de Production). En 10 ans, la majorité des agriculteurs cèdent et acceptent de mettre en commun leurs terres, mais aussi leurs outils et leurs animaux. En 40 ans, la quasi-totalité des paysans s’est transformée en travailleurs de la CAP.
Lors de la chute du régime communiste, dans les années 90, les terres ont été redistribuées et de nombreuses petites exploitations familiales ont revu le jour. Mais privées d’outils, de semences et surtout du savoir-faire, la priorité a été de produire du maïs et des pommes de terre pour l’élevage et de cultiver quelques légumes pour la consommation personnelle. On a vu réapparaître les chevaux, les vaches et les buffles pour labourer les terres et tracter les charrettes. Alors qu’en 1989, la Roumanie exportait une grande partie de sa production, elle a dû importer dès 1991 près de 90% de sa consommation. Parallèlement, de grosses entreprises hyper productivistes ont vu le jour, usant et abusant des engrais et adoptant la culture des OGM, portant la Roumanie à la place de second producteur d’OGM en Europe.
L’Europe, une chance ?
La Roumanie semble avoir pris conscience de la catastrophe économique et écologique liée à la production de masse. Face aux lobbies de l’industrie agro-alimentaire, encourageant l’agriculture intensive, l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne offre un espoir aux exploitations plus modestes.
Des mouvements alternatifs, comme Agroecologia (www.agroecologia.ro), tentent de mettre en valeur une agriculture biologique, respectueuse de l’environnement et des agriculteurs. Un mouvement de labellisation du bio Roumain se met en place pour valoriser les exploitations familiales, qui sont par définition bio. Ce mouvement permettra peut-être à la Roumanie de profiter de l’intérêt croissant des Européens pour les produits issus de l’agriculture biologique, leur permettant ainsi de conserver leurs exploitations familiales.
La Roumanie, future destination touristique des Européens ?
Toujours à l’affût de nouvelles destinations, les voyagistes vont-ils prendre d’assaut la Roumanie comme ils l’ont fait avec la Croatie, devenue en quelques années une destination phare pour les vacanciers d’Europe de l’Ouest ? D’après les statistiques du Ministère des transports, du bâtiment et du tourisme, une augmentation de 30% du nombre de voyageurs serait à prévoir à l’aéroport de Bucarest pour 2007.
Quoi de mieux en effet pour se ressourcer qu’un séjour au cœur de la campagne roumaine ? Pays au mille facettes, à la fois terre de légendes (Transylvanie) et paradis sauvage (Delta du Danube), la Roumanie allie le charme des montagnes des Carpates à l’attraction des plages de la Méditerranée, de la Mer Noire ou des stations balnéaires.
Afin de pouvoir faire face à cet afflux de visiteurs, on encourage la création de structures d’accueil des touristes. Dans les zones montagneuses et dans le secteur du Delta du Danube, le maître mot est l’écotourisme. En investissant dans cette activité, souvent secondaire, certains agriculteurs ou éleveurs s’assurent une activité financière qui leur permettra de conserver leurs exploitations.
La Roumanie est en effet un réservoir écologique, possédant encore en grand nombre de plusieurs espèces menacées dans le reste de l’Europe. Oiseaux migrateurs, grands prédateurs (ours, loups, lynx…) et grand gibier représentent un attrait considérable pour les naturalistes et voyageurs en quête d’authenticité et de paysages préservés. Cependant, les amoureux de la nature ne sont pas les seuls à voir cette nouvelle destination d’un bon œil : les chasseurs européens, qui ont déjà jeté leur dévolu sur des pays comme la Slovénie ces dernières années, sont cordialement invités par le ministère de la chasse à venir pratiquer leur activité sur les terres roumaines. Les associations de protection de la nature sont soucieuses de l’arrivée massive du « tourisme de la chasse » et craignent de voir les populations animales décimées sur l’autel financier que représente la vente de trophées.
Fin 2003, la Roumanie avait déjà essuyé un scandale international suite à un article français, repris par la presse locale. L’article, qui s’intitulait « Stoppez le massacre des ours en Roumanie », évoquait la manipulation des quotas et les méthodes illégales de chasse, comparables à du braconnage, se faisant écho de Laszlo Szabo Szeley, alors président de la Fondation AVES Roumanie.
En adhérant à l’Union Européenne, la Roumanie en a accepté les règles, ce qui devrait rassurer les associations de protection de la nature quant à la conservation des espèces protégées. « Il faut profiter de notre triste expérience pour faire comprendre aux dirigeants de ces pays (riches en biodiversité) que leur faune, à long terme, vaut plus d’argent vivante qu’en trophée. L’Europe se doit de garantir la protection de ces espèces ; son rôle est également d’aider les populations à cohabiter avec la faune sauvage » précise-t-on à l’association AVES France. « Dans le cas de la Roumanie, la cohabitation a toujours eu lieu, il n’y a pas de raison pour qu’elle devienne subitement problématique. En Espagne et en Italie, comme en France, les gouvernements sont obligés de renforcer leurs populations d’ours pour éviter qu’elles ne disparaissent. Il y a fort à parier que ces opérations sont, au final, beaucoup plus coûteuses et risquées qu’une politique durable de conservation des espèces menacées en Europe. »